©Roudier Maude

BACHELOR IN PHOTOGRAPHY

DIRECTRICE ARTISTIQUE

CONCEPTRICE ET REALISATRICE IMAGE

DIPLOME MARKETING ET COMMUNICATION

GRAND PRIX PARIS MACH

AUTEURE PHOTOGRAPHE PROFESSIONNELLE 

Située en plein coeur des Brotteaux- LYON

Mauderoudier@gmail.com

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F R A G M E N T A T I O N

 

 

 

 

            Dans ce portfolio, vous retrouvez mon étude sur la fragmentation des corps de la femme : Elle est ici, déclinée de diverses manières.

 

A l’heure où des milliards de photographies sont prises chaque jour, rien n’est plus commun aujourd’hui que la photographie. Cette dernière est entrée très tôt dans ma vie. En effet, très tôt passionnée du monde qui m’entourait, j’ai débuté par des mises en scènes photographiques. 

Le simple fait de construire mon image, d’ajouter des éléments qui apporteraient un certain esthétisme, me fascinait. Au l des années, forgée par mon vécu, mon besoin de photographier s’est renforcé par l’obsession de fixer l’instant vécu, des situations, mais surtout fixer des visages. Des dizaines de pellicules relatent mon parcours de vie ; des photographies classifiées dans des albums, datées, racontées, parfois même redessinées. J’ai archivé et illustré ce que m’apportait la photographie. 

 

Et, comment je pouvais m’en servir, pour raconter et transmettre des histoires et des situations. Dès lors, je n’ai eu de cesse de me consacrer à la photographie et de chercher à offrir aux autres la même émotion. Durant ces dernières années, mon œil s’est affiné et j’ai finalement compris ce qui m’intéressait réellement dans toute la diversité de la photographie. 

 

Pourquoi ? Pourquoi construire ou déconstruire un corps ? Dans quels buts ? Comment l’utilisation des corps nus peut- elle permettre de transmettre des messages, alors qu’ils sont totalement dénoués d’informations en apparence ? Ce travail de questionnement s’est imposé à moi ; donnant lieu à la problématique suivante : 

 

« Comment construire ou déconstruire la ou
les notion(s) d’identité(s) à travers la représentation du corps en photographie? » 

FRAGMENTATION N°1

« Ce n’est pas forcément moi, un double pourquoi pas ? Mais il faut le voir essentiellement comme un personnage. 

Ce ne sont pas des choses qui sont arrivées. On peut peut-être parler d’autofiction. »

FRAGMENTATION N°2

« Ce n’est pas forcément moi, un double pourquoi pas ? Mais il faut le voir essentiellement comme un personnage. 

Ce ne sont pas des choses qui sont arrivées. On peut peut-être parler d’autofiction. »

Dans la série « Fragmentation n°2 », je fais poser les modèles totalement nus devant un fond noir. Cette série a débuté par une photographie revisitant le tableau de « L’origine du monde » de Gustave COURBET. Choisissant des personnes de mon entourage le plus proche pour effectuer mes photographies, il m’était dif cile de leur demander d’ouvrir leur intimité de manière aussi frontale. J’ai utilisé divers « astuces et procédés » a n de mettre à l’aise ma première modèle. Forcée de constater que photographier le corps de cette manière aussi frontale ne permettait pas à mon modèle d’être à l’aise avec l’objectif, j’ai décidé d’utiliser un miroir. L’objectif n’étant pas directement dirigé vers le sexe, je sentais que malgré mon immiscion dans son intimité, le malaise était moins présent. 

 

C’est à travers ces premières photographies qu’est venue l’inspiration d’un long travail sur le corps face au miroir. Les attributs féminins sont mis en avant dans les images, car, il s’agit de la symbolique de la femme. Mon étude étant orientée autour des corps et plus particulièrement celui de la femme, il était important d’immortaliser ces symboles féminins comme dans les représentations de l’art primitif. L’utilisation du miroir a été un outil de découpe pour la matière brut (le corps). Il, permet de morceler les parties du corps, de créer des fragments dans des zones délimitées (les bords du miroir) et de créer de nouveaux tableaux dans un tableau (l’image). Le miroir permet également de construire de nouvelles perspectives, d’inter changer celles existantes, afin une nouvelle fois de créer le questionnement chez le spectateur. 

 

Cette déconstruction et construction des corps est ici possible grâce au miroir ainsi qu’aux re ets. Il n’y a donc pas d’utilisation du photomontage par l’utilisation d’outils numériques comme on peut le constater dans la série « Fragmentation n°1 ». Ici, l’utilisation de Photoshop conduit uniquement à supprimer ce qui semble super u ou ce qui donne à l’œuvre un sens trop évident, comme par exemple, certains contours du miroir. En ce qui concerne la lumière, j’utilise une nouvelle fois des lumières très contrastantes, et fait en sorte de garder la matière du corps en agissant uniquement sur l’ombre et la lumière. Le modèle ici, n’est plus en mouvement. Il adopte une position statique, et je me déplace autour de ce corps, positionné de la même manière qu’une statue. Se laissant, aborder de toutes les directions possibles et par n’importe quel point de vue. On peut parler d’une tentative de modeler le corps (sa chair). Cette recherche se fait à force de volonté. L’image photographiée, sans savoir d’où elle vient précisément, ni comment elle agit, se projette dans sa chair, dans les nouveaux points de vues que nous offre l’utilisation du miroir. Par ailleurs, le travail de modelage me semble aller de pair avec un but précis que je cherche à atteindre. J’œuvre quotidiennement à construire de nouvelles images, et, je suis consciente du fait que le résultat ne correspondra pas probablement à l’idée que je m’en étais faite au préalable. En ce qui concerne mon travail personnel, le ciselage ne se fait pas sur la chair elle-même, mais sur l’image du corps par le placement des miroirs. Le tâtonnement par répétition des mêmes gestes en guettant les petits écarts entre peau et miroir, fait que ce travail se situe dans une dynamique de l’avancement par détours et ajustements continus. Ce n’est absolument pas le modelage de la chair qui est visé ici. La déconstruction de l’image par contre, est à considérer comme une façon d’inventer le corps à travers mon image. Cependant, c’est cet inconnu du résultat, ces nombreuses possibilités de dénouement qui procure chez moi cette envie de repousser toujours plus loin les limites de la photographie « acceptée ». Et ici dans la série « FRAGMENTATION N°2 », comme dans celle de « FRAGMENTATION N°1 », l’essentiel n’est pas d’aboutir à un idéal d’une image parfaite, mais de prendre conscience de ce que la recherche de cet idéal, implique comme errements, retours, détours ou reprises. Cette recherche dénonce cette société prônant un corps trop longtemps standardisé. Parfois, ces erreurs du hasard peuvent donner lieu à une photographie finalisée. 

 

Cependant, il y a d’autres manières de présenter le corps comme objet. Le photographe Hal, a photographié des couples enlacés sous vide d’air. On n’ignore si ce travail, intitulé « Fresh Love », a pour volonté première de pointer du doigt l’hygiénisme de nos sociétés ou bien la marchandisation des corps, toujours est-il qu’il ne laisse pas indifférent. Duane HANSON dans « Supermarket Lady », montre également une femme boulimique et dénonce la sur consommation de nourriture. Il offre au spectateur une sculpture réaliste d’une femme allant faire ses courses. Il n’y a pas de socle à sa sculpture ce qui a pour effet de la situer dans le même espace que celui du spectateur. 

 

Le corps est également considéré comme une unité de mesure. On peut noter que l’architecte Le CORBUSIER a travaillé ses architectures en prenant en compte les dimensions du corps. En effet, le Modulor est une notion architecturale inventée par Le Corbusier en 1944. Il s’agit d’une silhouette humaine standardisée servant à concevoir la structure et la taille des unités d’habitation dessinées par l’architecte, comme : la Cité radieuse de Marseille, la Maison radieuse de Rezé ou l’Unité d’habitation de Firminy. Elle devait permettre, selon lui, un confort maximal dans les relations entre l’Homme et son espace vital. 

 

Ainsi, il pense créer un système plus adapté que le système métrique, car il est directement lié à la morphologie humaine, et espère voir un jour le remplacement de ce dernier. Je me suis rendue sur deux sites du Corbusier : le premier, l’unité d’habitation basée à Firminy, qui est le plus important site réalisé par l’architecte en Europe. Le second, au couvent de la Tourette. N’étant pas adepte de la photographie architecturale, je me suis inspirée de mon univers photographique des corps a n de rendre compte du lieu. J’ai alors photographié les nombreuses parties de l’édifice, en me consacrant sur les « fragments » qui m’intéressait. De ce reportage photographique, en est ressortit une seule et même image constituée des morceaux d’images pris sur le lieu. Ce travail m’a permis de comprendre, que l’habitation pouvait être construite et déconstruite à sa guise, tant qu’on gardait les perspectives et éléments importants, tout comme la photographie de corps. Le corps et l’architecture sont donc étroitement liées comme l’écrivait De VINCI, du moment que l’on découpe aux endroits prévus. 

 

Le travail des surréalistes m’a beaucoup inspiré dans la conception de mes photographies. Leur manière d’agencer les images entre l’irréel et la réalité me fascine. C’est en me penchant plus sur leurs messages ainsi que leurs idées que je me suis rendue compte que les miennes en étaient en réalité très éloignées. En effet, dans la série « FRAGMENTATION N°1 », mon modèle est une artiste féministe travaillant sur la place de la femme dans la société. Il m’était donc impossible de suivre cette idée de misogynie imposée par les surréalistes. C’est pour cela que j’ai poussé mes recherches, pour comprendre l’origine de cette supériorité masculine. La femme a longtemps été bafoué et relégué à des statuts, qui, aujourd’hui encore sont sujets à débats. L’homme est-il l’égal de la femme ? J’ai imposé cette force féminine dans ma première série, en représentant mon modèle comme une icône. L’icône des femmes modernes. Belle, voluptueuse, à l’aise avec ses idées et son corps. C’est cette photographie que je veux montrer. Je souhaite donner de l’importance à cette femme représentée bien trop souvent comme objet de désir et non pas comme ce qu’elle est réellement. 

Cette analyse m’a plongé dans un raisonnement sur la question du genre présent dans la société dans laquelle nous évoluons. Peux-ton aujourd’hui, réellement parler du genre ? Comment le détermine-t-on ? Nous nous pencherons sur cette question dans la dernière partie autour de la série « FRAGMENTATION N°3 » qui illustre ce questionnement par la photographie. 

FRAGMENTATION N°3

« Ce n’est pas forcément moi, un double pourquoi pas ? Mais il faut le voir essentiellement comme un personnage. 

Ce ne sont pas des choses qui sont arrivées. On peut peut-être parler d’autofiction. »

Dans la série Fragmentation n°3, il s’agit d’une photographie par collage sur le questionnement de la limite du genre en photographie.

 

 À partir de ces quelques exemples, il apparaît que le fragment n’est pas qu’un résidu. Le fragment appelle le raccord et la combinaison. Il convoque l’imagination et est support de projections. Raccorder les fragments, travailler dans l’homogène ou l’hétérogène revient à jouer et à déjouer la logique du rationnel. Le fragment permet de construire, mais il déconstruit dans le même temps. Il appelle la complétude et affirme son état de ruine, il fixe et suscite la mobilité, il se raccorde en se fondant à son entourage et il cherche la différence. Il est l’une et l’autre chose à la fois. Il est l’élément plastique de prédilection pour travailler dans l’un et l’autre des domaines. Il se prête tout particulièrement à un travail hybride. 

 

Fabriquer, manipuler et voir des images engage notre imagination et notre fantaisie. Ce fort engagement de l’imagination est bien la raison pour laquelle un travail avec des images me semble être porteur d’interrogations et d’un long questionnement profond sur le corps. Mais, dès que je me suis penchée sur la question de savoir ce que pouvait être une image ou tenter de définir ce qu’est une image ou un fragment d’image, je me trouvais face à un travail qui risquait de rapidement me dépasser. Détaché du corps et autonome, le réel fragmenté peut devenir objet de métaphores, lieu d’une contradiction analogique forte, où le contenant et le contenu, le caché et le montré fusionnent, le naturel et le fabriqué s’hybrident, l’esthétique et inesthétique s’effacent. 

Dans son sens premier, le fragment est un morceau qui subsiste quand une partie a été perdue. Laisser le fragment dans son état de démembrement et l’exposer, c’est ce que nous trouvons dans la plupart des musées archéologiques. Le morceau laissé à l’état lapidaire et morcelé, est dans ce cas comparable à une ruine. Il évoque un temps révolu et fait voir plus ou moins explicitement, les traces que le temps a laissé sur lui. Le fragment comme résidu est souvent le fruit du hasard. Il nous arrive de le regarder avec un œil nostalgique. Face au fragment, deux possibilités se présentent alors : soit on laisse le fragment tel quel, soit on essaye de le compléter, ce que fait l’archéologue, l’historien de l’art et parfois même l’artiste, supposant que le fragment contient, malgré l’absence ou la perte, une partie du tout. Le fragment, ce résidu morcelé, aurait-il du mal à exister en l’état ? Mis à part l’appel du raccord, simulé ou affirmé, quels peuvent être les dynamiques que recherchent les artistes en travaillant le fragment ? 

Dans ma partie « FRAGMENTATION N°3 » je décide de coller et juxtaposer différents morceaux de photographies sur un support pour construire une composition. Je montre ici un nouveau processus de travail : changement d’outil, changement de support, d’échelle, le tout collé sur un support. Je résume mon idée ainsi que ma pensée sur un seul et même morceau. Ce long travail de découpe et de collage permet de voir naître l’œuvre finale. J’ai ainsi compris, que je pouvais réunir des fragments isolés de photographies antérieures pour créer autre chose en les combinant. De ce fait, le fragment n’est pas une chose autonome et autosuffisante. Réuni à d’autres fragments, il développe une dynamique dépassant largement le souci de complétude. En général, le terme collage est utilisé pour parler de travaux cubistes, dadaïstes et surréalistes, qui le déclinent chacun à leur façon. 

 

Avec une série de photomontages, j’ai personnellement expérimenté cette idée de prolifération. Des fragments de corps sont combinés de différentes manières a n d’obtenir des corps nouveaux et hybrides. L’incrustation de reproductions intermédiaires permet de démultiplier les fragments. Le résultat est non seulement un brouillage de l’image du corps, mais surtout le témoin de la jouissance de raccorder des fragments. Un fragment en appelle un second, un troisième, etc. C’est dans le plaisir de chercher les raccords avec cette multitude de variantes que réside pour moi la dynamique qui s’en dégage (voir FRAGMENTATION N°3). Même en étant collé, il incite à être décollé pour être fixé ailleurs et autrement. De là, découle la question de la limite : celle des combinaisons possibles et celle de la reproduction et de la démultiplication des fragments. Chaque prise de vue est un arrêt sur image, elle-même est en mouvance et métamorphose permanente. La photographie capte un fragment de temps du travail en cours d’exécution. L’arrêt se fait lors du bref moment de la prise de vue. Puis, les fragments composant l’image peuvent servir à d’autres prises de vue. Ainsi, il est possible de me suivre «à la trace». J’incite le spectateur à suivre mon regard et mes différentes interventions, car le fragment implique un parcours du regard, une narration. 

 

L’un de mes principaux inspirateurs est Gilbert GARCIN. Le photomontage permet la critique politique ou sociale avec la caricature. On le retrouve aussi beaucoup en publicité. Passant parfois par le trucage et la manipulation, le photomontage permet d’explorer le rêve et les contrées étranges de l’imagination. Dans le photomontage « L’envol d’Icare », la technique de Gilbert Garcin consiste à créer son personnage : il se photographie dans différentes positions puis découpe ses images pour les monter sur des supports en l de fer. Il les place ensuite dans un décor, créé à partir de matériaux modestes à l’instar du sable, des cailloux, des fonds nuageux projetés sur un mur pour les re-photographier. Gilbert GARCIN avoue le plaisir qu’il éprouve à donner l’illusion du décor, à manipuler ainsi les gens, à tromper leur sens. Le photomontage s’accompagne donc d’une mise en scène de l’imaginaire de l’artiste et plus particulièrement ici d’une mise en scène théâtrale du mythe d’Icare prêt à s’envoler. 

 

Dans les séries photographiques présentées tout au long de mon étude, on découvre à plusieurs reprises l’utilisation du photomontage. Ce dernier permet grand nombre de possibilités et de manipulations. Dans la série « FRAGMENTATION N°1 », l’utilisation des matériaux numériques tels que Photoshop et Indesign m’ont permis de créer des images surréalistes, qui font appel au questionnement. Les poses de mon modèle sont principalement en mouvement, je joue sur les différents plans, les différentes postures, en utilisant la double exposition et la symétrie axiale. Le travail du photomontage prend acte uniquement à la n de la prise de vue, quand le travail de post production commence. L’incrustation des corps et des formes permet de créer des êtres hybrides, à la fois monstrueux et oniriques. Jerry UESLMANN, quant à lui, est un photo- graphe américain qui utilise la surimpression très subtilement. Les transitions par masquages successifs sont progressives et permettent d’obtenir une image onirique. Jerry UESLMANN associe des éléments le plus souvent végétaux : pierres, arbres ou ciels à d’autres pour obtenir des liaisons intéressantes entre les images. 

Contrairement à Maurice TABARD vu précédemment, qui associe des images sans vouloir les fondre les unes dans les autres, l’artiste tend à créer une autre réalité et les fusionne en créant des transitions pour donner l’illusion du fantastique. 

Dans la dernière série « FRAGMENTA- TION N°3 », le procédé utilisé est celui du collage. Un des principaux acteurs de ce procédé est Raoul Hausmann. Plasticien et écrivain autrichien, il ré- alise ses premiers photomontages au sein du groupe Dada, mêlant photo- graphies, dessins et caractères typo- graphiques. Dans les années 20 avec son ami MOHOLY-NAGY, il participe à divers mouvements révolutionnaires et antimilitaristes. Les photomontages d’Hausmann sont issus des collages cubistes des années 1911-1912, des accumulations des textes futuristes découpés où la photographie est utilisée parmi d’autres éléments ; mais également par les découpages et collages d’images que les soldats au front envoyaient à leur famille. 

SANS TITRE N°5 FRAGMENTATION N°1 

 

Tout au long de mon travail de recherche, nous avons vu que le corps est un terrain d’intervention permettant de créer de nouveaux corps à partir d’éléments rajoutés. Le corps n’y est pas ressenti comme une entité allant de soi. Les artistes, motivés par des raisons diverses, recherchent la métamorphose de ce corps instable et perfectible. Son image est rarement univoque. L’entre-deux et l’hybride le caractérise aussi bien dans l’affirmation de l’hétérogène (Joel Peter WITKIN) que dans la recherche de l’homogène (Orlan). Il s’agit de voir maintenant comment le souci de l’hybridation du corps inclue sur celle de l’image de ce corps et à quoi cette hybridation pourrait aboutir. 

Dans la dernière série photographique « FRAGMENTATION N°3 », l’hybridation des corps humains, homme et femme, trace un nouveau questionnement sur la notion du genre en photographie. En effet, il s’agit ici de la série finale, qui conclut cette étude approfondie de la photographie de corps. Jusqu’alors, j’ai répondu à ma problématique en présentant des corps de femmes (Série FRAGMENTATION N°1 & N°2) dans mes photographies. J’effectue un travail photographique depuis longtemps autour du corps de la femme, et, après mes recherches, il m’a semblé tout aussi important de le représenter à travers le photocollage en combinant, et, hybridant corps de femmes et d’hommes. De cette hybridation en est né un tout nouveau questionnement survolé tout au long de ce mémoire : le genre. 

 

Suite aux différentes remarques faites au sujet de l’image en première partie de ce travail, nous retenons deux choses essentielles : l’image est un terrain d’action et elle fait partie d’ensembles plus larges. Hybrider l’image, c’est intervenir sur celle-ci et la mixer avec de nouveaux éléments. Comme nous venons de le voir, le fragment joue un rôle déterminant dans les pratiques d’assemblage et de collage d’éléments. Le fragment invite au rapiècement et à la recombinaison. L’image présente un terrain d’action où chaque intervention en provoque une autre en réaction à la première. L’image est un vaste chantier. 

En ce sens a démarré la dernière série « FRAGMENTATION N°3 ». J’ai souhaité donner une nouvelle tournure à mon travail photographique en hybridant, construisant des corps ni homme ni femme. Pourquoi devrait-on catégoriser ces derniers dans deux cases bien distinctes ? En quoi les rassembler pourrait-il porter à questionnement ? Quel serait alors le ressentit de chacun ? Ce sont ces questions qui m’ont fait avancer dans cette direction. 

Depuis des siècles, la femme se conforme à l’idée que l’on se fait d’elle. Ce n’est qu’avec les multiples guerres d’égalité des sexes quelle s’est forgée et a prit son indépendance. En hybridant l’homme et la femme j’ai voulu démontrer que notre société actuelle veut rompre avec cette distinction ancestrale de la femme et de l’homme avec ses codes et ses principes judéo-chrétiens. 

Les édi ces érigés depuis des siècles cloisonnant les 2 sexes se rassurent depuis quelques décennies. Tout ceci est visible à travers nos codes : les codes de l’habillement la jupe pour homme de jean Paul Gautier, l’homme androgyne lisse et imberbe, les codes des prénoms aussi bien féminin que masculin ; même la langue française a créé de nouveaux mots qui ne sont ni féminins ni masculins. L’entrée dans le XXIème siècle a vu la légalisation des couples homosexuels, l’adoption par des couples monoparentaux, l’institution du mariage qui ne prévoit plus que ce sacrement soit célébré exclusivement entre un homme et une femme et la légalisation récente en Suède qui légalise l’appartenance à un troisième sexe hydride. Les hijras en Inde qui dé lent tous les ans depuis des siècles et qui viennent de s’identifier comme un troisième genre. Notre société vient de créer le sexe neutre. 

 

L’art, sous toutes ses formes depuis les venus paléo- lithiques, en passant par l’antiquité, l’art nouveau l’art déco et l’impressionniste faisait la part belle au corps et à son érotisation, y compris les cubistes et les surréalistes qui avaient conservés dans leur reconstruction la symbolique de l’homme et de la femme jusqu’aux sculptures filiformes de GIACOMETTI qui distinguaient les hanches et les seins de la femme. 

L’apparition de ce troisième sexe va probablement induire des modifications dans l’approche de l’illustration du corps. Depuis des années certains peintres comme Francis Bacon préfigurait ce travail de fragmentation des corps et cette indifférenciation des sexes. Les photomontages de Raoul UBAC témoignent de cette évolution sociétale. 

L’apparition de ce troisième sexe est le résultat d’une re- construction génétique différente de fragments d’ADN. La codification génétique historique aboutissait soit à l’image d’un homme ou d’une femme. Il suffit d’arranger les fragments d’une manière légèrement différente pour que l’image complète ne soit plus aussi lisible ni aussi tranchée qu’auparavant. Cette nouvelle image dérange, les codes habituels sont déplacés. Les signes évidents de distinction comme les organes génitaux, la pilosité, les traits du visage ne sont plus agencés selon un ordre établi. 

Ce nouvel ordre dérange. Certains s’interrogeront sur son origine : est-ce une maladie ? D’autres évoquent la dégénérescence de notre race, d’autres encore s’émeuvent. Cette (a)normalité n’est pas sans rappeler toutes les pathologies physiques qui s’écartent de la norme et qui pendant des années ont marginalisé des personnes ou les ont exhibés comme des monstres de foire. En n quelques personnes trouveront dans ce troisième sexe un avenir, un réconfort et un nouvel esthétisme. La différence ne se cache plus, elle se revendique et l’art va sans aucun doute suivre cette tendance. 

Ma troisième série s’inscrit dans cette évolution sociétale et esthétique qui colle à la réalité du moment comme d’ail- leurs la plupart des courants artistiques qui ne sont que les reflets mis en scène des sensations, des peurs et des aspirations de l’homme. 

 

Je terminerais en affirmant que l’identité est le propre de chacun. Si l’identité a été pendant des siècles une aspiration profonde des êtres leur permettant d’affirmer leurs différences, leurs statuts, leurs pouvoirs, aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, à l’avancée de la science (génétique, chirurgie esthétique, ) et aux produits de consommation, l’Homme homo sapiens revendique la possibilité de modifier son identité pour répondre à des exigences de mode, de pression sociétale de nouveauté. L’homme revendique son besoin d’échapper à son destin d’être une identité unique et devenir l’homme multiforme. L’art témoin de notre temps, anticipe ou accompagne ces mutations et renvoie à tous le re et de notre civilisation.